Les icones mystérieuses
et vivantes de Steve Linn
  Steve Linn's
mysterious, living icons

L'artiste Steve Linn dans chacune des mystérieuses et vivantes icônes, narre sa propre histoire et l'histoire de son art. Il y narre l'histoire d'un créateur qui a su puiser avec intelligence dans le meilleur des deux cultures de chaque bord de l'Atlantique; et il y donne aussi, sans avoir l'air d'y toucher, un résumé de l'histoire de la sculpture, sans cesse ré-inventée avec des morceaux de bois, de bronze et de verre.

Ce que j'apprecie dans l'art de Steve Linn, c'est cette audace et cette liberté d'imagination que j'associe avec sa citoyenneté américaine. J'admire sa volonté de mettre en oeuvre trois matériaux différents traditionnellement séparés ; je sais que ce sont des raisons plus personnelles que théoriques qui le poussent ainsi à reprendre le travail du bois, qu'il a reçu de son père, de le continuer par celui du bronze, technique classique apprise à l'Ecole des beaux-arts, et de le compléter par celui du verre, dont la haute technicité fait l'appel à des installations quasi industrielles. Mais ce que j'aime dans ses assemblages c'est que chaque utilisation de matériau se fasse presque toujours à contre emploi ; ainsi aurez-vous la surprise de découvrir des objets de bronze en bois, des objets de bois en bronze, des mains de verre ou de bronze. Le sujet du rétable est toujours un personnage célèbre ou inconnu, mais fortement central et exécuté dans les trois media simultanément. Une déroutante complexité résulte de la superposition d'éléments en relief donnant en effet "réaliste" (en ronde-bosse), et d'élements linéaires en bas relief sur verre qui produisent l'effet de certains négatifs de photographie agrandis. Les couleurs et les textures renforcent encore ces oppositions, Dans d'autres sculptures, Steve Linn s'autorise de son amour pour la littérature pour mettre en scène les mots de la poésie ; je songe à sa 'paraphrase' d'un distique d'Ezra Pound 'In a Station of the Metro' :

The apparition of these faces in the crowd
Petals on a wet black bough.

Dans tous les cas, l'oeuvre est à la fois représentation et célébration.

Il faut avoir vu l'artiste évoluer dans l'immense atelier qu'il s'est aménagé à Claret dans une ancienne remise. Il y règne comme Héphaïtsos dans sa forge. Mais c'est lorsqu'il endosse l'habit de maître verrier que Steve Linn est le plus impressionnant ; il se réfugie dans une sorte d'antre technologique, met en route puissants compresseurs (venus, comme le piano de sa femme, dans le démanagement de New York), et c'est alors que commence la lente, patiente, énervante, grinçante gravure sur verre par le procédé de la projection du sable à haute pression. Dans ce travail, chaque geste est décisif ; contrairement au tracé du peintre ou du dessinateur, ici pas de 'repentir' possible...
Et dans l'épaisseur de la plaque de verre, Steve Linn inscrit pour nous la ligne qui existe dans son esprit.

Jean Vaché

In each of the mysterious, living icons that the artist Steve Linn presents he narrates his own history and the history of his art. He tells the story of a creator who has known how to draw upon the best of two cultures on either side of the Atlantic; he also—seemingly unintentionally—provides a summary of the history of sculpture, ceaselessly reinvented with pieces of wood, bronze and glass. What I appreciate in Steve Linn's art is this boldness and freedom of imagination that I associate with his American citizenship. I admire his determination to use three different, traditionally separated materials; I know that his reasons are more personal than theoretical for working in wood, which he learned from his father, adding to this, bronze, a classic technique normally learned at art school, and finally glass, whose high technology requires quasi-industrial facilities.

But what I like in his assemblages is that each material is almost always used in opposition to its normal application. You are thus surprised to see bronze objects made of wood, wooden items in bronze and hands in glass or bronze. The subject of his "alterpieces" is usually a person—famous or unknown—but in a strongly central position and executed simultaneously in the three media. The superposition of elements in relief with a 'realistic' effect (modeled in the round) and linear elements in bas relief on glass giving the effect of certain enlarged photographic negatives results in bewildering complexity. Colors and textures enhance these oppositions. In other sculptures, Steve Linn indulges in his love of literature to stage poetry. His 'paraphrase' of a couplet by Ezra Pound in 'In a Station of the Metro' comes to mind:


The apparition of these faces in the crowd Petals on a wet black bough.

His works always combine representation and celebration.

It is quite something to see the artist working in his immense studio in an old barn in Claret. He reigns there like Hephaestus at his forge. But Steve Linn is at his most impressive in the role of master glassmaker; he takes refuge in a kind of technological lair, starts up powerful compressors (shipped from New York together with his wife's piano) and then starts the slow, patient, unnerving process of engraving on glass with a high pressure sand jet. Each gesture is decisive in this work; unlike lines plotted by a painter or draftsman, 'repenting' is impossible here. And Steve Linn traces for us, in the thickness of the glass, the line that exists in his spirit.

Jean Vaché
(translation, Simon Barnard)